Quand on les évoque, les dessins et les couleurs des vitraux religieux s’imposent (Ah, le bleu de Chartres !). La plupart des vitraux civils sont géométriques et une impression magique persiste, certes plus abstraite. Elle réside probablement dans la filtration de la lumière par les verres de couleurs et dans sa recomposition par l’esprit qui reformule – déformé ou magnifié ? – le paysage à l’arrière plan.
Photo 1 : Iris dans un œil de bœuf ovale dominant un escalier, au-dessus de la porte d’entrée d’une maison… ou insecte vu de face, accroupi et triomphant, sortant de la ramure à l’arrière-plan ?
Photo 2 : Souvent observé avec émerveillement, l’arc-en-ciel, visible quand les gouttes de pluie décomposent la lumière, est toujours une promesse de soleil. Mais dans quel rêve nous projettent les lumières colorées lorsqu’on regarde un vitrail ?
Le paysage du quartier peut aussi se recomposer, rebondissant sur les vitraux quand le soleil décline et que les lumières s’allument ; nous vous invitons ici à la balade virtuelle à travers les rues familières sous cet éclairage, sans doute trop négligé, puisqu’il nous révèle parfois des merveilles. Beaucoup des maisons ont été bâties à la fin du 19e siècle ou au début du 20e, suivant les besoins d’expansion de la population multipliée dans le quartier par 5 de 1860 à 1920.
A cette époque, une douzaine de maîtres-verriers exerçaient à Toulouse, dont près de la moitié dans le quartier Chalets-Roquelaine. La restauration de la monarchie a favorisé la réparation des édifices religieux souvent très dégradés pendant la période révolutionnaire… et favorisé les affaires des verriers.
Louis-Victor Gesta, bien formé et chapeauté, quitte en 1852 son atelier du boulevard Louis-Napoléon (bd de Strasbourg) pour le faubourg Arnaud Bernard (avenue Honoré Serres) où son beau-père possède un terrain. Dans son atelier travaillent des peintres verriers et des dizaines d’ouvriers (voir la gravure reproduite ci-dessous). Il vend des milliers de vitraux -8500 dit son catalogue -, la plupart pour des églises. Il devient un notable connu bien au-delà de Toulouse, crée une succursale rue de Rennes à Paris et se fait construire le château des Verrières, nom de sa manufacture.
La situation se gâte en 1890, les églises saturent, ou manquent d’argent, la demande civile est encore insuffisante. Gesta meurt en 1894, laissant trois fils et une fille. Le château et le parc sont vendus.
Les fils ne s’entendent pas et se font concurrence jusque dans les annonces qui paraissent dans la presse, mais Henri, l’aîné, conserve l’atelier. Les deux cadets, Louis et Gabriel, s’installent rue de la Balance au 17 et 17bis, à côté de leur sœur, dont la maison est construite en 1908 de l’autre côté de l’impasse.
Mais la concurrence s’étend au delà de la famille. Auguste Charlemagne produit de 1862 à 1879 au 38 bd d’Arcole. Antonin Doumerc, installé au 86 rue des Chalets, continue jusqu’en 1922 avec son fils Gabriel. Louis Saint-Blancat, encore un élève du père Gesta, s’établit boulevard Matabiau en 1905, puis rue Volta où son associé Henri Moulenc lui succède jusqu’en 1952.
Après une faillite en 1901, Henri Moulenc déménage rue Roquelaine en 1905 et se spécialise dans les vitraux religieux (Aux Arts religieux, jusqu’en 1938). En 1905, Louis et Gabriel Gesta réintègrent l’atelier du faubourg – la concurrence entre eux disparaît des annuaires – jusqu’en 1910 pour Gabriel, en 1938 pour Louis.
Ces peintres verriers voyageaient beaucoup, plutôt dans une grande moitié sud de la France. On ne voit pas de raison pour que leurs collègues plus au nord n’en fassent pas autant vers le sud, renforçant ainsi la concurrence ; ainsi Francis Chigot, de Limoges, signe en 1922 la plus grande véranda du quartier. Chacun se prévaut de la qualité d’artiste-peintre verrier ; beaucoup sont passés par les Beaux Arts.
Bernard Bénezet, artiste-peintre renommé, auteur des plafonds de la salle des illustres du château des Verrières et d’autres œuvres parfois officielles (mort en 1897), a fait de nombreux « cartons » pour les Gesta et Saint-Blancat. D’autres sans doute exerçaient dans le quartier où on trouve d’assez nombreuses peintures murales de qualité, souvent dans les entrées d’immeubles et les plafonds des pièces de séjour (salon et salles à manger disait-on).
Ces œuvres représentent un aspect important du patrimoine du quartier. Certaines ont disparu, plus ou moins abîmées, ont été remisées à la cave, ou vendues avant un changement de propriétaire. Celles qui restent méritent d’être préservées et mises en valeur.
Ces œuvres représentent un aspect important du patrimoine du quartier. Certaines ont disparu, plus ou moins abimées et remisées à la cave, ou vendues avant un changement de propriétaire.
Celles qui restent méritent d’être préservées et mises en valeur.
Vitrail, peinture, gravure… la technique s’élargit : dans la cours de l’immeuble d’ E. Girard, ferronnier dans les années 1880 rue Saint-Antoine du T, on trouve plusieurs pubs réalisées chez L-V. Gesta pour vanter les mérites du verre gravé à l’acide ou à la meule. (photo André)