Patrimoine remarquable

L'art déco aux Chalets

Même si notre quartier a gardé son charme éclectique de la fin du XIXe, quelques architectures du début XXe se sont glissées parmi les petites toulousaines en brique. Après les volutes de l’Art nouveau, voici l’Art déco et ses lignes aiguisées. Né du machinisme issu de la première guerre mondiale, ce style poursuit le travail de géométrisation des formes entamé par Mackintosh en Écosse ou la Sécession Viennoise en Autriche. Il s’affirme en Europe et aux USA après l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925 à Paris puis décline à partir des années 30.

À Toulouse, Étienne Billières, maire de 1925 à 1935, répond à l’explosion démographique et industrielle en faisant de la ville un lieu de transformation de la vie sociale. Il lance un vaste programme de logements, écoles, ensembles sportifs et espaces culturels qui ont laissé de beaux témoignages de ce style.*

4 rue Saint-Henri

Aux Chalets l’Art déco est bien présent, avec son vocabulaire architectural caractéristique.

Immeubles de rapport ou maisons individuelles, un mode de construction nouveau, le béton armé, profite à l’architecture Art déco. Il permet en effet des audaces techniques : avancées de vastes corniches formant abri (voir, celle, spectaculaire, de l’école Matabiau), projections de structures en encorbellement sur les façades, parfois sur plusieurs étages (bow-windows ou oriels) ou d’imposants balcons. 

Enduit et peint, il se combine à d’autres matériaux, la pierre pour les plus riches, ou la brique offrant un décor supplémentaire par sa couleur et ses assemblages en relief, nommés calepinages, jouant avec la lumière. 

La symétrie rythme les façades, jouant entre les lignes verticales données par colonnes et pilastres classiques revisités, parfois déclinés en ordre colossal lorsqu’ils s’élancent sur toute la hauteur du bâtiment. Les lignes horizontales courent avec balcons et ferronneries, corniches, frises à motif de dents d’engrenage, bas-reliefs ou mosaïques… 

55 ter avenue Honoré Serres

La quête de la lumière s’accorde aux exigences de confort et s’exprime à travers l’importance et la variété des fenêtres participant à l’équilibre de l’ensemble : en retrait dans un cadre de béton blanc sur un mur en brique, en baies cintrées, déployées en série, séparées par piliers ou colonnes ou couvrant même plusieurs étages (apparition des duplex).

Les bow-windows ou les oriels, très fréquents dans l’Art déco, agrandissent l’espace intérieur et animent les façades en formant des avancées surmontées par un balcon et s’achevant en corniche ou génoise en partie basse, souvent dans l’axe de la porte, comme au 55 ter avenue Honoré Serres. Le spectaculaire immeuble du 1 bd d’Arcole donne différentes illustrations de ces multiples ouvertures. 

38 bis rue Roquelaine

Les immeubles d’angle sont arrondis ou à pans coupés, ce qui accentue leur monumentalité. Ainsi, celui en parement de briques du 38 bis rue Roquelaine, saisi depuis l’angle qu’il forme avec la rue Saint-Orens, offre un modèle caractéristique de l’architecture Paquebot : baies vitrées en rideaux derrière les balcons ornés de lignes de briques, garde-corps tubulaires façon bastingage, ligne verticale de hublots superposés sur le côté droit et terrasses supérieures étagées en retrait évoquent bien le gigantisme de ces navires de la Transat, véritables vitrines de l’art de vivre Art déco des années folles.

Certains jouent la sobriété du béton peint comme aux 40 & 40 bis rue Roquelaine avec leurs balcons à garde-corps et portes fenêtres, quelques décors de briques et portes aux ferronneries travaillées. Celui construit par David Moretti en 1936 au 20 rue Saint-Hilaire (photo) présente une imposante porte d’entrée centrale coiffée d’un balcon et flanquée de deux hublots barrés. Aux étages, les balcons légèrement arrondis sont distribués symétriquement, percés de garde-corps jouant habilement avec la verticalité des trois pilastres plats rainurés coiffés de cercles. Évidemment, la fraîcheur de la peinture change notre regard.

D’autres sont bâtis essentiellement en brique (angle rue Perbosc / impasse Mas ou 4 rue Saint Henri) ou alternent les matériaux comme au 57 rue de la Concorde : travée centrale en parement de brique, travées latérales en béton enduit pour les bow-windows à colonnes et rez-de-chaussée traité en bossage continu. 

20 rue Saint-Hilaire
3 rue du Capitaine Escudié

Au 3 rue du Capitaine Escudié, Édouard Linou construit ce petit immeuble original (1925-1940). Il présente une travée centrale projetée en avant superposant deux ouvertures cintrées et une flanquée de fausses colonnes engagées derrière un balcon à pans coupés. L’ensemble est coiffé d’une large corniche, posée sur une frise de dents d’engrenage et surmontée d’un fronton, décoré, comme au balcon central, d’un bas-relief à décor de vagues, qui répond aux ondulations des ferronneries

32 avenue Honoré Serres

Enfin, au 32 avenue Honoré Serres, derrière ses piliers moulurés et ses ferronneries à spirales, surgit une magnifique villa de 1933, en retrait sur la rue. Un bow-window ménageant un balcon supérieur, dont la base joue des angles en encorbellement et à droite un escalier extérieur sous arcades forme le support d’une terrasse à l’étage (photo). Au 70 rue des Chalets une discrète maison sur jardin, avec bow-window de briques et fenêtres hublot évoque également ces belles demeures, dont l’agencement intérieur était également riches de décor.

Pas très loin des Chalets, ne manquez pas la remarquable série de maisons Art déco rue St Bernard (1925), la Bourse du travail place St Sernin, ainsi que bien sûr la splendide bibliothèque du Patrimoine et bientôt la poste de St Aubin restaurée!

Caroline Lesage / Photos Laurent Bessol

Pour en savoir plus sur l’Art Déco aux Chalets :