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L’histoire du quartier chalets-Roquelaine

Les job et les Pauilhac

Jean Bardou
Jean Zacharie Pauilhac
Une des nombreuses publicités art nouveau, signées Mucha

Les job

Le gymnase et la maison Léotard sont vendus aux Pauilhac en 1888. On trouve la famille Pauilhac dès 1866, dans les matrices cadastrales, pour la construction d’une maison probablement située à l’emplacement de l’hôtel Calvet (au 76 du boulevard de Strasbourg). Lors de la construction de l’hôtel actuel, des éléments de la maison initiale sont réutilisés au château de Cabirol à Colomiers qui appartient alors à la famille Pauilhac.

En 1830, Jean Bardou, boulanger à Perpignan, à l’idée de confectionner des petits livrets contenant des feuilles prédécoupées qui permettent de rouler les cigarettes. C’est une invention assez importante car, jusqu’alors, les fumeurs étaient obligés de découper ces petits papiers carrés dans de grandes feuilles que l’on importait d’Espagne. Ce papier était d’ailleurs épais et rugueux, ce qui n’était pas très commode. Le succès de cette invention est très rapide, si bien que Bardou met son nom sur ces petits livrets pour éviter les imitations. On trouve d’abord ses initiales, séparées par une étoile, qui est ensuite remplacée par un blason. Le losange de J♦B est adopté un peu plus tard. Il est pris pour un O, si bien que les clients prennent l’habitude de dire JOB.

Bardou s’associe à Zacharie Pauilhac en 1838 pour financer et approvisionner son entreprise en papier. Son invention faisant l’objet de contrefaçons à cause de son succès, il dépose en 1842 une marque sous le nom de JOB. Jean Bardou meurt en 1852, c’est son fils Pierre qui lui succède. Les usines se développant à Perpignan, Pierre y fait construire un magnifique hôtel, dont tout le décor intérieur et le mobilier ont été conservés de manière exceptionnelle. Côté Pauilhac, Jean-Zacharie décède en 1866, son frère Léon lui succède.

Une nouvelle société naît en 1872 : Bardou, JOB et Pauilhac. La nécessité de s’approvisionner de manière régulière en papier conduit en 1872 cette société à souhaiter fabriquer du papier à cigarettes pour garnir les petits livrets. Une usine est construite entre 1872 et 1873 en Ariège, à La Moulasse, près de Saint Girons. Cette usine connaît un grand succès. Elle est actionnée par des turbines, mues par l’eau du Salat. Dès 1893, une usine hydroélectrique est construite à 2 km. C’est une grande nouveauté pour la région, puisque c’est la première fois que l’on aurait transporté de l’énergie électrique pour alimenter une usine dans les Pyrénées. (C’est là qu’Aristide Bergès a inventé la houille blanche pour les besoins de la papeterie familiale).

En 1913, les maisons Bardou-Job et Pauilhac sont fondues en une seule société anonyme qui prend le nom de Société JOB, telle qu’on la connaît jusqu’à nos jours. Celle-ci s’intéresse aussi au tabac et aux cigarettes. Pour échapper au Monopole des Tabacs, des usines sont créées à l’étranger, Strasbourg, Zurich (1913), Alger (1913), Bastia (1924), Brazzaville (1948).

En 1920, à Toulouse, des ateliers et des équipements sont créés dans le quartier pour confectionner les petits cahiers à partir du papier fabriqué à La Moulasse. Mais on achète encore le carton pour façonner les livrets. Ce n’est qu’en 1931 que l’on décide de fabriquer le papier fort destiné à leur confection. Pour cela, on construit l’usine des Sept Deniers, exemplaire par son architecture. C’est à la même époque que l’on reconstruit les ateliers du 4, rue de la Concorde et, à l’arrière, les bureaux du 17 bis, rue Claire Pauilhac.

En 1960 démarre aux Sept Deniers la fabrication du papier couché haut de gamme, destiné aux impressions de luxe ; ce papier, qui démontre un savoir-faire assez exceptionnel, est maintenant l’objet de la fierté des employés, car la plupart des belles impressions ont été, depuis, réalisées en France sur ce papier. Dès que l’on voulait faire un beau livre, on faisait appel à JOB.

Annie Noe-Dufour

Article réalisé à partir de l’enregistrement sonore décrivant les personnages évoqués par Mme Noe-Dufour lors de la visite des hôtels particuliers du 72 et 74 boulevard de Strasbourg.

Extrait de la Gazette N°26 – Eté 2001

Nous vous rappelons -après les nombreux articles parus dans la presse locale- que JOB a fermé définitivement ses portes le 14 avril 2001. Les salariés ont, heureusement, bénéficié d’un plan social “exceptionnel”. Près de la moitié des 163 salariés sont casés (57 « pré-retraites », 34 embauches à la Mairie ou au Conseil Général), les autres sont pris en charge par l’association Après-Job pour faire un bilan de compétence et trouver un stage de reconversion. Nous leur souhaitons de trouver rapidement un nouveau travail, et que celui-ci leur convienne.

A.Roy
Eté 2001

Les Pauilhac

En réalité, Les Bardou n’ont jamais été à Toulouse. Il y a tout de même des Bardou dans de belles maisons au Busca mais je ne sais pas s’ils font partie de la même famille, qu’on ne trouve plus dans le quartier des Chalets.

Donc, Zacharie Pauilhac s’était associé à Jean Bardou pour fonder, en 1830, l’entreprise qui donnera naissance à la Société JOB (disparue en ce début d’année). On pense que les Pauilhac étaient originaires de Montauban. Zacharie va disparaître assez rapidement, et c’est son frère cadet qui lui succède à la tête de l’entreprise, jusqu’en 1890 où il meurt au château de Cabirol. C’est lui, Pierre (Léon, Jules) Pauilhac qui se marie avec Claire Pauilhac, que l’on connaît beaucoup mieux. Elle a laissé son nom à la rue dont la plaque la qualifie de bienfaitrice pour son comportement remarquable en faveur des pauvres.

Un œuvre charitable importante donc, mais il semble aussi qu’elle tienne les rênes de l’entreprise jusqu’à sa mort en 1905. C’est à cette époque que vont se construire des éléments essentiels, notamment l’agrandissement de la maison Léotard, et toute la partie située à l’est (jusqu’à la rue Roquelaine). Claire Pauilhac a eu trois enfants, que l’on va retrouver sur les trois parcelles : Georges Pauilhac va construire l’hôtel Pauilhac (qui deviendra le CRDP dont la façade moderne masque l’hôtel ancien), la partie centrale va revenir à Geneviève, qui se marie à Jules Marsan, professeur à la faculté des Lettres, et l’autre partie revient à Juliette Pauilhac, qui se marie avec un grand ami de Jules Marsan, Antoine-François Calvet.

Georges Pauilhac, né en 1871, mourra en 1959. Ce personnage a une enfance baignée d’histoires de Duguesdin, Jeanne d’Arc, Bayard, propices à la naissance d’une passion pour les armes. Tout jeune, il furetait chez les antiquaires et brocanteurs pour en trouver. Lorsqu’il a dix- huit ans, sa mère lui offre une épée du XIXème siècle, particulièrement ornée, qui aura une grande importance pour son avenir. La partie de l’hôtel au fond de la cour du n°72 (voir photo) a été construite en 1900 pour abriter ses collections. Le chevalier au-dessus de la porte rappelle la collection d’armes, une des plus importantes du monde. En 1910, il s’installe à Paris, et enrichit sa collection avec des achats effectués dans l’Europe entière. Georges Pauilhac va faire des dons, de son vivant, au musée des Armées aux Invalides, le reste de sa collection étant en partie achetée à sa mort parce même musée.

Jules Marsan habitera la partie centrale. Originaire de Marseille où il naît en 1876, il se marie avec Geneviève Pauilhac et mourra en 1939- Agrégé de l’Ecole Normale Supérieure de Paris, il sera en poste à Aix, Toulon et Marseille. Il arrive à Toulouse en 1893, puis est nommé professeur au Lycée. Petit à petit, il rentre dans le cadre de la faculté où il enseigne. Il en deviendra doyen en 1931. Marsan est un personnage assez célèbre, spécialiste du romantisme. Il fait une thèse et publie beaucoup sur cette époque. Il utilisera son hôtel pour faire des conférences renommées, auxquelles assistent des étudiants et des auditeurs libres ; certaines ont même fait l’objet de diffusions radiophoniques. On y donne également des concerts. L’académie Charles Bordes y avait son siège, où elle essayait de faire renaître la musique ancienne.

C’est à l’époque des Marsan que l’on va développer l’usine elle-même. Jules Marsan sera à l’origine de l’usine des Sept Deniers (1930), et vraisemblablement des adjonctions de la rue Claire Pauilhac (côté impair, ces bâtiments sont actuellement occupés par l’ISEG).

Des Calvet, on ne sait pas grand chose. Antoine-François est professeur à l’Ecole des Beaux Arts, et qualifié d’industriel et manufacturier. L’hôtel Calvet présente l’intérêt d’avoir été construit en 1910. sur remplacement d’une maison antérieure, et d’être complètement homogène, sans remaniement ultérieur. De style néo-Louis XVI rare à Toulouse, il a été construit par l’architecte Barthélémy Guitard qui a construit ou agrandi l’ensemble des immeubles de la famille Pauilhac. Marsan et Calvet. Il fut également l’architecte de la Banque de France, de la manufacture Sirven, grand bâtiment néo-médiéval rue de la Colombette. Il gagna le concours de l’hôpital Purpan en 1907, et le construisit un peu plus tard. Architecte de grand talent, c’est aussi lui qui a construit le Grand Hôtel Tivolier, rue de Metz.

Propos recueillis par Alain ROY

Nous renouvelons nos remerciements à Madame Annie Noc-Dufour, organisatrice de la visite, dont la transcription du discours a fondé ces articles.

Extrait de la Gazette des Chalets n° 27 – Automne 2001

Intérieur de l'hôtel Pauilhac
Fond de la cour du N°72 - Collection d'armes
Chevalier - Dessus de porte de la collection d'armes
Cour intérieure de l'hôtel