Patrimoine remarquable

La famille Pauilhac et ses hôtels particuliers toulousains

La saga des JOB est indissociable de l’histoire des familles Bardou et Pauilhac. Le succès de la société créée en 1830 conduit les héritiers de Jacques-Zacharie Pauilhac, l’associé de Jean Bardou, à acquérir et à construire, dans notre quartier, de magnifiques hôtels particuliers.

Tout commence en 1888, lorsque le gymnase et la maison, construit au 72 boulevard de Strasbourg par Jean Léotard, père de Jules, le célèbre trapéziste volant, sont vendus aux Pauilhac. Des agrandissements seront réalisés ultérieurement par les héritiers successifs. C’est également dans cet immeuble qu’est basé en 1903 le siège social de le société JOB.

Claire Pauilhac

On la connaît beaucoup plus que son mari, Pierre (Léon, Jules) Pauilhac, héritier de son frère Jacques-Zacharie car elle a laissé son nom à la rue. La plaque la qualifie de bienfaitrice, pour son comportement remarquable en faveur des pauvres. Une œuvre charitable donc, mais il semblerait aussi qu’elle ait tenue les rênes de la société JOB jusqu’à sa mort en 1905. C’est à cette époque que vont se construire des éléments essentiels, notamment l’agrandissement de la maison Léotard, et toute la partie située à l’est, jusqu’à la rue Roquelaine.

Claire Pauilhac a eu trois enfants que l’on va retrouver sur les trois parcelles : Georges Pauilhac va construire l’hôtel Pauilhac, à l’angle du boulevard de Strasbourg et de la rue Roquelaine. Il deviendra le CRDP puis le réseau Canopé, propriété de l’Education Nationale, dont la façade bétonnée masque l’hôtel ancien. Ce n’est qu’en pénétrant dans la cour, en passant le porche de la rue Roquelaine qu’on aperçoit le charme des façades Art Nouveau. La partie centrale revient à Geneviève, qui se marie à Jules Marsan, professeur à la faculté de Lettres et l’autre partie à Juliette qui se marie à Antoine-François Calvet, un grand ami de Jules Marsan.

Georges Pauilhac

Né en 1871, Georges Pauilhac a une enfance baignée par les histoires de Duguesclin, Jeanne d’Arc, Bayard, propices à la naissance d’une passion pour les armes. Tout jeune, il furète chez les antiquaires et brocanteurs pour s’en procurer. Lorsqu’il a dix-huit ans, sa mère lui offre une épée du XIVe siècle, particulièrement ornée, qui aura une grande importance pour son avenir. La partie de l’hôtel particulier, au fond de la cour du n°72, a été construite en 1899 pour abriter ses collections. Le chevalier au dessus de la porte rappelle la collection d’armes, une des plus importantes au monde. En 1910, Georges s’installe à Paris et enrichit sa collection avec des achats effectués dans l’Europe entière. Il fait, de son vivant, de nombreux dons au musée des Armées des Invalides. Le reste de sa collection sera en partie achetée à sa mort en 1959 par ce même musée.

Jules Marsan

Jules Marsan habitera la partie centrale de l’hôtel. Originaire de Marseille où il naît en 1876, il se marie avec Geneviève Pauilhac et mourra en 1939. Agrégé de l’Ecole Normale Supérieure de Paris, il sera en poste à Aix, Toulon et Marseille. Arrivé à Toulouse en 1893, il enseigne au Lycée puis à la faculté dont il devient le doyen en 1931.  Spécialiste du Romantisme, Jules Marsan, qui publie beaucoup, devient assez célèbre. Il utilise son hôtel particulier pour donner des conférences auxquelles assistent des étudiants et des auditeurs libres. Certaines font même l’objet de diffusions radiophoniques. Dans l’hôtel sont également organisés des concerts. L’Académie Charles Bordes, qui visait à faire renaître la musique ancienne y avait son siège.

C’est à l’époque des Marsan que la Société JOB va se développer. Jules sera à l’origine en 1930, de la création de l’usine des Sept Deniers et vraisemblablement des adjonctions de la rue Claire Pauilhac, occupés actuellement, côté impair, par l’ISEG.

Antoine-François Calvet

Des Calvet, on ne sait pas grand chose. Professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, Antoine-François est également qualifié d’industriel et manufacturier. L’hôtel Calvet présente l’intérêt d’avoir été construit en 1910, sur l’emplacement d’une maison antérieure, et d’être complètement homogène, sans remaniement ultérieur. De style néo-Louis XVI rare à Toulouse, il a été construit par l’architecte Barthélémy Guitard qui a construit ou agrandi l’ensemble des immeubles de la famille Pauilhac, Marsan et Calvet. Il est également l’architecte de la Banque de France, de la manufacture Sirven, grand bâtiment néo-colonial situé rue de la Colombette. En 1897, il gagne le concours de l’hôpital Purpan qu’il construit un peu plus tard. Architecte de grand talent, c’est aussi lui qui signe le Grand Hôtel Tivolier, rue de Metz.

L’hôtel particulier

Restauré en 2013, l’hôtel Bardou livre encore son charme lorsqu’on y pénètre. Des boiseries vert amande, un grand escalier sculpté, une galerie qui abritait les collections de la famille Bardou et une magnifique verrière aux motifs Tour Eiffel. Au rez-de-chaussée, l’ancienne salle à manger et la chambre hébergent aujourd’hui les bureaux de Canopé. Malheureusement, les écuries ont été détruites pour créer le centre national des chèques postaux.

Un beau lieu à visiter lors des journées nationales du Patrimoine.

D’après la Gazette n°27, automne 2001, propos recueillis par Alain Roy auprès d’Annie Noé-Dufour.

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