
Beaucoup de maisons du quartier des Chalets, construites au début du 20e siècle, sont ornées de céramiques. Merci aux habitants qui nous ont offert ces magnifiques décorations. Elles donnent à beaucoup de façades ce cachet si particulier que nous aimons tant.
On appelle céramique tous les produits élaborés à base d’argile et transformés par cuisson. C’est leur composition naturelle ou préparée par le céramiste qui fait leurs différences de teinte, résistance et fonction.
Dans le domaine architectural, on retiendra les briques, les tuiles et plus particulièrement ici, les éléments de façade dont le but est essentiellement décoratif : carreaux de faïence ou de grès, bas-reliefs en terre cuite ou en grès, bruts ou émaillés, rosaces, cabochons…
Pour en savoir plus : ceramique-architecturale.fr
Les photos sont regroupées selon la nature des ornements.
Tout d’abord, des carreaux de faïence plats ou présentant un faible relief. Ils sont disposés sur les façades en frises horizontales, continues ou en pointillés. C’est le cas de la fleur de datura (ci-dessous) sur une des façades de la rue de la Balance. Des carreaux du modèle situé en dessous sont regroupés en panneaux plus importants avec un entourage moins large, bleu foncé, sur une maison rappelant une architecture de bords de mer (angle rues Godolin et Perbosc). C’est également le cas des fleurs roses, posées avec un entourage vert à l’angle opposé du même carrefour (1923, Cournac architecte et propriétaire).



Les motifs floraux sont nombreux : tulipes, muguets et nénuphars et autres fleurs. Les nénuphars, gros succès, sont mis en scène, grâce à un entourage varié souvent bleu, à cinq ou six reprises dans le secteur Balance-Chalets.


Sur certaines céramiques, les dessins se font plus abstraits : palmes, tulipes encore mélangées à des feuilles d’acanthes ou de chardon précèdent une imitation de mosaïque dont le motif est difficile à distinguer à l’œil nu mais qui peut se retrouver, plus accessible, sur des décors de cheminée (vers 1915).
Plus inattendus, des carreaux en relief, d’un jaune éclatant, se retrouvent mis en valeur par groupe de quatre bordé de vert sur une maison rue de Coulmiers (H. Masquet architecte, 1926).











Avec un relief nettement plus important, les cabochons présentent une épaisseur conséquente qui leur permet d’être utilisés souvent en position isolée pour ponctuer le dessin d’une façade. C’est le cas des sept gros cabochons verts tout à fait intégrés dans le tympan de la façade dessinant un escalier en creux, chaque marche étant soulignée par un carreau vert posé en losange recevant la demi-sphère nettement décollée du plan, ce qui renforce l’impression de relief (2, Impasse de la Balance, vers 1890).

Plus figuratifs mais aussi volumineux et en forme de fleur, les trois suivants appelés généralement rosaces ornent des façades rues Franc et Volta (1910-1915).


On trouve aussi une autre star de la décoration des façades représentant des feuilles de chardon ou d’acanthe, bleu clair et disposées en carré ou en losange avec un entourage bleu vif ou brun. Leur cœur jaune renforce leur éclat et leur permet de s’imposer même isolées sur des façades ou trônant en haut des poteaux supportant les portails d’entrée de jardin (76, rue des Chalets, ci-dessous à gauche et 18, rue Perbosc, à droite).


Le cabochon carré vert barré d’une croix de Saint-André se trouve au milieu d’une jolie frise rue Ingres alors que la pyramide aplatie au milieu d’un carré ponctue le haut de la même façade.


L’habillage des oculi de cette maison 1900 bordant la rue de Châteaudun est particulièrement élégant. Complété d’un petit cabochon ajouré permettant également l’aération des combles, ils constituent l’élément majeur qui rythme en vert pâle le couronnement alors que les Toulousains se contentaient généralement des couronnes en terre cuite naturelle.












Au 40, rue de la Balance, une belle frise qui représente un étal de noix, raisins, épis de maïs et autres fruits. A fort relief, très brillante, cette décoration ne se voit que rue du Printemps.

Au n° 22 de la même rue, une des deux décorations visibles au premier étage et formées, en haut, de deux carreaux bleu larges et symétriques représentant un rameau terminé par une fleur. Le carreau de gauche est repris juste au-dessous au centre dans une disposition intéressante peu habituelle).

Rue Franc, au numéro 29, une des nombreuses frises d’une jolie maison. En écho, des carreaux de même couleur mais d’un autre dessin forment des frises verticales. Cette maison est également ornée de grands carreaux de céramique bleutée disposés au-dessus et en-dessous des fenêtres, certaines étant protégées par des balustres en terre cuite vernissée. Un important bandeau fleuri est peint dans les tons bleus sous la bordure du toit .

Très proche, la maison du commissaire Phillipe présente les mêmes balustres dont certains sont malheureusement en mauvais état. La clé de la large porte-fenêtre est habillée d’un tournesol un peu mélancolique de même couleur que les balustres.

Ci-dessous le montage très soigné d’un cabochon multi-facettes 37, rue de la Balance (vers 1910, Frézoul architecte). Il voisine avec les armes de la ville de Pau, doublées en symétrie par celles du Béarn qui ne comporte que deux vaches sur fond doré. Ces écussons sont réalisés en mosaïque formée des tesselles, éclats de verre, de pierre ou de céramique colorés.



Mise en œuvre depuis l’Antiquité grecque puis romaine et jusqu’à la Renaissance, la mosaïque a été remise au goût du jour par l’Art Nouveau. La large frise rue de Coulmiers peut donner une idée du travail des artisans qui ont décoré l’intérieur de nombreuses habitations. Il faudrait y entrer pour pouvoir apprécier les céramiques et mosaïques d’intérieur.




Dans le quartier, Audonnet, fabricant de carrelage en ciment compressé, 50 rue Matabiau, se trouve régulièrement dans les annuaires de la Haute-Garonne autour de 1910.
Mais, sur la même page, Villebrun à Bram et beaucoup de revendeurs à Toulouse chez qui les particuliers pouvaient s’approvisionner.
En ces temps-là, le chemin de fer fonctionnait très bien… le Canal aussi.
Aux Puces, on a trouvé un catalogue, non daté, de Bouat à Castelnaudary qui décrit des modèles de cabochons, rosaces et autres décorations de terre cuite (avec les dimensions en cm, ci-dessous).



• Rue du Commissaire Philippe, rue Franc, rue Volta, angle rue de Châteaudun et boulevard Matabiau.
• Rue du Printemps (revenir un peu en arrière pour ne pas rater l’immeuble de quatre niveaux au n°22).
• Rue Ingres, rue des Chalets en face de l’Institut Cervantes, puis angle Chalets-Balance au 76, impasse Mas jusqu’au fond, rue Perbosc, rue Godolin, rue de la Balance (revenir un peu à hauteur du n°37), puis impasse de la Balance et redescendre ensuite vers le boulevard.
• Par la rue Dulaurier, revenir rue des Chalets (immeuble à droite au 11bis), puis angle Capitaine Escudié – Claire Pauilhac. Ne pas oublier le fond de l’impasse de la rue de Coulmiers.
• Retour vers la Concorde en admirant la décoration de l’immeuble angle rue de Verdun – rue Claire Pauilhac, bel exemple de « l’ornement en série » (livre de V. Nègre – Mardaga 2006).
• Vous pouvez terminer la balade place de la Concorde, où la fontaine abrite ses grenouilles, tout près du 7 rue Falguière qui propose aux promeneurs pas moins de quatre modèles de cabochons. Continuez un peu vers la place Roquelaine : au n°19, deux jolies fenêtres superposées avec des cabochons verts et du faux marbre inclus dans un rare panneau de briques.


















































D’après Alain Roy – Gazette des Chalets n°100