
Une jalousie est un store composé de lames horizontales en bois reliées par des chaînettes. En position dépliées, ces lames protègent des rayons du soleil mais favorisent l’aération. Une fenêtre ainsi équipée permet l’observation de la rue incognito, et parfois la confirmation de doutes dont sont l’objet les personnes observées…
Une jalousie se replie à l’aide de cordons sur lesquels on tire pour orienter ou faire remonter les lames de bois qui se retrouvent alors empilées sous le linteau de l’ouverture. Les jalousies équipent des fenêtres élevées (entresol ou étages) car elles ne protègent pas contre l’effraction. Elles sont le plus souvent complétées par des volets intérieurs en bois pour l’occultation complète de la lumière.
On a retrouvé dans les annuaires plusieurs fabricants toulousains, dont un, Crabos, au 46, rue Raymond IV, donc presque dans le quartier (photo 1).
Malheureusement, les photos de jalousies publiées dans la Gazette en 2008 n’ont pas été conservées… tout comme, dans les maisons, les jalousies elles-mêmes, remplacées par des volets roulants. Au 14, rue du Capitaine Escudié, est-ce une jalousie ou un simple store ? (photo 2). Beaucoup ont été remplacées par des stores vénitiens en aluminium (photo 3).
Pour cacher et protéger les jalousies, on avait repris, comme pour une scène de théâtre, le principe du lambrequin, bande de tissu souvent festonnée, disposée horizontalement, qui masque le dispositif mécanique permettant de tirer les rideaux de la scène. Ce panneau est implanté sous le linteau de la baie, généralement à fleur de façade.
Réalisé en métal ou en bois, le lambrequin est souvent ajouré comme une dentelle ou simplement festonné. Ceux en fonte sont les plus nombreux ; ce matériau permet un fort relief qui s’anime suivant l’orientation du soleil.



Habituellement, les lambrequins sont peints à l’identique des métalleries de façade, dans des teintes sombres et neutres ou dans la tonalité des menuiseries (notamment pour les lambrequins en bois).
























A la mode à Toulouse depuis le 19ème siècle sur des immeubles bourgeois, les lambrequins sont devenus un élément de décoration de nos façades comme au 24, boulevard d’Arcole (photo 4), au même titre que les balcons dont les motifs décoratifs peuvent être coordonnés. Ils servent parfois à orner la bordure d’un toit ou d’une marquise sans composante fonctionnelle (photos 5 et 6).
Une trentaine de fondeurs exerçaient à Toulouse fin 19ème et fournissaient les entrepreneurs avec une grande diversité : on a répertorié plus de 30 modèles dans notre quartier équipant des fenêtres de plus de 200 immeubles. Nous n’avons pas retrouvé de traces de fabrication locale dans les archives. Un fabricant lyonnais propose encore un modèle de balcon et lambrequin réalisés à partir d’un même moule (Fonderie Vincent). On en trouve sur quelques fenêtres place Jeanne d’Arc.
Rares sont les fenêtres encore équipées de jalousies faites avec des lames de bois ; il en restait quelques unes il y a quelques années rue du Printemps, qui manifestement ne servaient déjà plus beaucoup. Les fabricants utilisent maintenant les matériaux modernes que sont le PVC et l’aluminium pour proposer des volets roulants. Le PVC ne permet pas beaucoup de variétés de couleurs (seules trois couleurs claires durables sont proposées en plus du blanc).
Cette absence de diversité entraîne un appauvrissement important des possibilités esthétiques de nos rues. Plus satisfaisant en terme de couleurs – douze sont disponibles – et de solidité, l’aluminium permet également d’avoir parfois des lames orientables comme les jalousies traditionnelles. Dans les deux cas, le volet s’enroule dans un caisson aux formes parfois disgracieuses et dont le montage en saillie peut déborder de la façade. La ville de Lyon, soucieuse de préserver sa qualité architecturale, interdit strictement ces pratiques et recommande de positionner les glissières des volets près de la fenêtre et de conserver, voire compléter, les lambrequins existants.
Dans notre quartier, leur disparition a commencé depuis des années au point d’alarmer, en son temps, le Service de l’Inventaire. La réglementation n’a malheureusement pas suivi. Heureusement, des habitants plus soucieux d’esthétique que certains promoteurs à la petite semaine ont préservé ce décor originel. Certains même ont fait fabriquer des lambrequins en tôle, en bois ou même en fer forgé qui permettent, une fois peints, de cacher ces caissons disgracieux et de compléter harmonieusement nos façades en renouvelant leur charme d’autrefois.





D’après Alain Roy – Gazette n°55