Petit Patrimoine

Les heurtoirs

De l’usage des heurtoirs

Appelé aussi marteau de porte, le heurtoir est un accessoire fixé sur la face extérieure d’une porte d’entrée, dont une partie est articulée et peut être frappée et ainsi permettre aux visiteurs de signaler leur présence aux occupants.

Au XVIe siècle, il était d’usage courant de heurter le bas de la porte avec son talon pour signaler sa présence. C’est dans Le Baron de la Crasse, comédie de Raymond Poisson de 1662, que l’on peut lire ces quelques vers :

Je cherchai le marteau pour frapper à la porte,
Mais je fus obligé, car je n’en trouvai point,
De donner seulement deux ou trois coups de poing.
L’huissier ouvre aussitôt, criant d’une voix forte,
– Qui diable est l’insolent qui frappe de la sorte ?
– Je n’ai point frappé fort, lui dis-je, excusez-moi,
C’est le désir ardent qu’on a de voir le roi.
– Mais d’où diable êtes-vous, pour être si novice ? dit-il. 
– De Pézenas, dis-je, à votre service.
– Apprenez donc, Monsieur de Pézenas,
Qu’on gratte à cette porte et qu’on n’y heurte pas. 

Ce n’est que plus tard que l’utilisation du heurtoir fut généralisée. Ainsi, il servait d’avertisseur sonore en heurtant la pièce en métal, que l’on nommait le clou, lui-même apposé sur l’un des deux vantaux de ladite porte.

Un heurtoir, à quoi ça ressemble ?

La partie mobile du heurtoir est suspendue et prend parfois la forme d’un anneau, qui joue le rôle d’anneau de tirage. Symbole d’accueil particulièrement ancien, l’anneau est simple ou doté d’un poids à son extrémité. A la porte de certaines églises, il est dès le XIe siècle un signe d’asile. Saisir l’anneau signifiait demander l’hospitalité. Ainsi, sur les portes de la façade ouest de Notre-Dame de Paris, les anneaux de fer forgé sont-ils appelés anneaux du droit d’asile.

Les heurtoirs sont généralement faits de métal et peuvent être plus ou moins richement décorés. D’abord fabriqués par les forgerons du village, ils sont assez rustiques. Puis le style s’affine grâce au travail du sculpteur-ciseleur qui ajoute des motifs de petites dimensions. Essentiellement en fer forgé jusqu’au 18e siècle, puis en laiton et en acier au 19e, cet objet de ferronnerie richement orné, porteur de symboles, reflète le statut social du propriétaire du lieu.

Au début du 20e siècle, ils commencent à disparaître au profit de la sonnette à tirage et de la cloche, rapidement suivie par l’électrification du dispositif.

Photo 1

Et dans notre quartier ?

Dans notre quartier, la majorité des heurtoirs sont des mains. Je n’ai trouvé, au détour de mes promenades, qu’un seul anneau (photo1) dont l’état laisse à penser soit à une très belle conservation, soit à une fabrication assez récente et que trois marteaux (photo 2, 3, 4). Mais ma quête n’est pas exhaustive. Apparues au début du 19e siècle, ces mains sont intéressantes car très différentes les unes des autres. Mains gauches (photo 5) ou droites (photo 6), avec une bague à l’annulaire (photo 5) ou au majeur (photo 6). Et cette boule dans la main (photo 7) ? Il s’agit la plupart du temps d’une pomme. Souvent féminines, ces mains peuvent être aussi très masculines, avec des veines fortement apparentes… Or, dans l’antiquité, les médecins grecs pensaient qu’une veine reliait l’annulaire gauche au cœur, veine qu’ils surnommaient la veine de l’amour. La main symbolise l’accueil et la bague sur l’annulaire cette veine de l’amour ! Enfin, sachez observer les poignets de ces mains : certains sont simples, mais beaucoup sont très travaillés et rarement identiques.

A noter que très peu de portes d’entrée vitrées possèdent un tel heurtoir (photo 8) : y avait-il un risque de voir une vitre se fendre sous son maniement intempestif ?

Comme les décrottoirs, ces mains sont souvent dans un état de conservation très limite… Est-ce dû à leur supposée inutilité ? Il est certain que plus personne ne heurtera la porte avec une main aussi peu accueillante (photo 9) ! Comme les décrottoirs, les heurtoirs disparaissent (photo 10), laissant le clou bien seul sur la porte. Ils disparaissent comme l’ensemble de ce petit patrimoine urbain qui, quand on sait le chercher, fait pourtant aussi le charme de notre quartier.