Petit patrimoine

Les chasse-moyeux

Dans la courbe de la petite rue Saint-Lazare, à deux pas de la place Jeanne d’Arc, trônent sur les trottoirs, six étranges pierres en partie peintes en blanc (photo 1). Elles ne sont pas particulièrement décoratives ; leur seule spécificité, outre leur emplacement assez inhabituel, étant leur forme inclinée. Recherche faite il s’agit de bornillons faisant partie de la grande famille des chasse-moyeux. 

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Le chasse-moyeux remettait donc dans le droit chemin le véhicule, moyennant une forte secousse pour les passagers ou un bringuebalement pour les objets sur la charrette. Il servait aussi de borne-montoir aux cavaliers pour les aider à monter ou descendre de selle.

De très nombreux exemplaires persistent dans notre ville sous forme de pièces métalliques en forme d’arc, de boule, de cône ou de motif décoratif original, ou de blocs en pierre dure, sculptés ou laissés à l’état brut, avec une forme inclinée pour rabattre les roues vers l’intérieur.

Photo 7
Photo 8
Photo 9

Dans notre quartier, certains sont très simples qu’ils soient en pierre (photo 2 rue Ingres ; photo 3 rue Claire Paulhac) ou en métal (photo 4 rue Commissaire Phillipe) ; d’autres plus rustiques (photo 5 rue St Papoul) ; d’autres enfin plus élancés (en pierre, photo 6 rue Roquelaine) ou plus travaillés (en métal, photos 7 et 8, rue Roquelaine) ; certains sont répliqués à l’intérieur des maisons (photo 9 bd de Strasbourg) ; mais aucun n’atteint l’élégance des modèles que l’on trouve encore dans le quartier Saint-Étienne (photo 10 rue Perchepinte). Enfin, comme à l’angle de la rue Sainte Marthe, il en existe quelques-uns qui persistent aux angles de mur à l’intersection de deux rues (photo 11 rue Neuve/rue Perchepinte), mais ils paraissent plus rares.

Photo 10
Photo 11
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En dehors de la ville, on retrouve des chasse-roues, généralement en pierre, de forme inclinée ou conique à l’entrée des portes de fermes, franchies par des lourds chariots chargés de foin ou autre ; dans les virages de routes campagnardes ou le long de parapets de ponts et dans les virages en montée : dans ce dernier cas, ils permettaient aussi au cocher d’arrêter le véhicule pour laisser souffler les chevaux.

Il est certain qu’en ville, les chasse-moyeux sont devenus obsolètes depuis longtemps. Mais, construits sous forme d’un arceau en métal plein ou en pierre, ils sont difficiles à détruire ou gardés parce que familiers. Ils sont devenus insolites à nos yeux parce que nous oublions peu à peu qu’ils existent et quel était leur intérêt. Ils font pourtant partie de ces petits patrimoines qui font la mémoire de nos rues. Amusez-vous à les chercher du regard… vous verrez que certains vous réservent quelques belles surprises (photo 12 lieu privé tenu secret).

Jean-Louis Ducassé