Dans les commandes publiques à Toulouse, à la charnière des XIXe et XXe siècles, Clémence Isaure, figure emblématique de la poésie et des Jeux Floraux avait été très représentée en peinture : au Capitole par Jean-Paul Laurens, Antonin Mercié, Henri Martin, Paul-Albert Laurens et Paul Pujol. C’est donc elle que Léo Laporte-Blairsy décide de représenter.
L’histoire de la fontaine commence le 10 mai 1905 avec le testament d’Octave Sage, pharmacien place de la Concorde, qui institue l’Académie des Jeux Floraux son légataire universel. Il lègue 20 000 francs à la ville de Toulouse pour édifier une fontaine monumentale avec vasque pour amener de l’eau potable au quartier naissant. Le 18 novembre 1909, le conseil municipal fixe le programme du “ concours ouvert aux artistes français nés ou domiciliés à Toulouse, ou lauréats des concours des Grands Prix et des Petits Prix municipaux de l’École des Beaux-Arts de Toulouse ”.
Le 1er juillet 1910, le jury opte, parmi douze projets, pour celui de Léo Laporte-Blairsy, sculpteur, et d’Eugène Guitard, architecte. Le projet est ainsi décrit :
“ Une vasque de pierre à six pans où s’encastrent par alternance trois inscriptions et trois bas-reliefs de bronze représentant des paysages toulousains …”. Du milieu de la vasque s’élance une colonne à décor de céleris (sic) stylisés et trois niches y étaient ménagées pour y abriter les figures symboliques des trois fleurs, la violette, le souci, l’églantine. Au pied de chaque figure jaillit une source et tout en haut, Clémence Isaure règne, debout dans sa robe archaïque, baissant les yeux vers le sol et semblant y chercher celui auquel elle doit décerner la couronne qu’elle tient à la main. »
Le 28 juin 1910, Laporte-Blairsy, Guitard et l’entrepreneur Portet passent un traité avec la Ville de Toulouse pour un prix forfaitaire de 19 500 francs. Le projet est présenté et remarqué au salon de 1912.
Un des trois inscriptions concerne les “ LEGS SAGE aux Jeux Floraux, à la Ville de Toulouse ”. L’autre, un couplet de “ La Toulousaine ” de Lucien Mengaud
“ O moun pays, O Touloso Touloso
Qu’aymí tas flous toun cel toun soulel d’or
Al prep de tu l’amo se sent hurouso
Et tout ayssí me rejouis le cor ”.
Et la dernière, un quatrain signé Pipert :
“ Je scrute du regard cette ville éclatante
Où la joie et le deuil ont mêlé leurs couleurs
Et parmi tant de voix dont la douceur me tente
J’hésite et je ne sais à qui donner mes fleurs. ”
Les trois reliefs de bronze représentent le cloître des Augustins, le Pont Neuf de Toulouse et le pont Saint-Pierre avec son ancien tablier suspendu.
Poursuivons la lecture de la maquette du concours qui se termine par “ … et tout en haut Clémence Isaure règne debout dans sa robe archaïque, baissant les yeux vers le sol et semblant y chercher celui auquel elle doit décerner la couronne qu’elle tient à la main ”. En effet, dans la version définitive, Clémence Isaure ne tient pas la fleur du gai savoir (la violette, le souci ou l’églantine), mais une couronne de fleurs dont la courbe s’harmonise avec le mouvement de la robe. Mais ceci valut à Léo Laporte-Blairsy des critiques virulentes de ceux qui ne reconnaissaient pas la figure légendaire de Clémence Isaure, avançant même “ un caractère plus fantaisiste qu’historique ou symbolique ”.
Désormais la statue-fontaine ne fut plus appelée Clémence Isaure mais La Poésie Romane.
Elle fut inaugurée le 3 mai 1913, jour anniversaire des premiers Jeux Floraux, en présence de Jean Rieux, maire de Toulouse, de Madame Sage et de son fils.
A noter que les critiques ne s’arrêtèrent pas après l’inauguration puisque l’on retrouve dans un numéro de 1941 du journal La Garonne, un écrit de Paul Mesplé qui la dit caractéristique du “ modern style de 1900 à l’agonie et de son aberration comique ”. Comme toutes les sculptures de bronze de Toulouse, elle est démontée en 1942 pour échapper à la réquisition et à la fonte et elle est retrouvée intacte à la fin de la Seconde Guerre mondiale
Hier, comme aujourd’hui, lors du repas du quartier Chalets-Roquelaine fin juin, cette fontaine est un lieu de jeux habituel des enfants.
Malgré le souhait initial d’Octave Sage, cette fontaine est dite d’eau non potable tel qu’inscrit sur le rebord de la vasque. Est-ce toujours vrai de nos jours ?
L’ordre chronologique, la première œuvre est la statue de la Poésie Romane, place de la Concorde. Cette statue porte ce nom et non celui de Clémence Isaure car selon le numéro 80 de La Gazette des Chalets publié à l’hiver 2014, il est indiqué, page 8 “ en 1913, beaucoup d’officiels avaient été alors choqués par l’esthétique “ décadente ” de cette fontaine et lui avaient refusé le nom de Clémence Isaure proposé par Laporte-Blairsy (NDLR) ”.