C’est la rentrée, mais c’est aussi le moment de regarder les photos de vacances. Cette année, nous avons fait un nouveau tour en Grèce. Parmi les clichés d’Epidaure, je tombe sur des antéfixes, ces éléments décoratifs en terre cuite qui servent à masquer les bordures de toit. Les têtes de lion encadrant des palmettes ont déjà 25 siècles. De quoi rêver…
En sortant, je lève le nez dans le virage de la rue des Chalets et mes yeux se plantent sur des lions grimaçants (76 rue des Chalets). Ça alors, où suis-je? … Tiens, voilà un bon moyen de prolonger mes vacances : avec l’appareil photo, je parcours à vélo les rues du quartier, puis rentre chez moi, fouine dans les dictionnaires, me branche sur Internet. Ce sont sans doute les Etrusques qui ont inventé les antéfixes, au cours du premier millénaire avant J C. Mais, comme il y avait un commerce intense entre les Grecs et les Etrusques, et que les Grecs se sont répandus un peu partout, puis que les Romains en ont fait autant, on a rapidement trouvé des antéfixes sur tous les toits du pourtour méditerranéen, comme on en trouve bien au-delà : en Inde, au Cambodge, en Indonésie, en Chine, en Corée… Ce dispositif avait comme fonction initiale la protection du creux des tuiles courantes (il existe des antéfixes non décorées).
Rapidement, on a recherché un effet décoratif (des palmettes par exemple), puis des fonctions complémentaires comme celle d’éloigner les ennemis (lions féroces pour impressionner, gorgones à qui était attribué le pouvoir de pétrifier celui qui en croisait le regard), ou, au contraire de provoquer des situations favorables (tête de femmes ou invocations sexuelles chez les Etrusques)…
A Toulouse, la mode est revenue au 19ème siècle avec celle des maisons néo-classiques. L’impulsion a été donnée par la fabrique d’ornements en terre cuite créée à Launaguet par les frères Virebent. Notre quartier, bâti essentiellement entre 1850 et 1920, est extrêmement riche en décorations architecturales. On peut essayer de regrouper les antéfixes en créant des familles selon les objets représentés :
Pour déborder une simple classification d’objets, il est plus amusant d’imaginer des associations avec des traits de caractères, les idéaux ou les appréhensions des premiers propriétaires des maisons qui en sont coiffées…
La fabrication des antéfixes était assurée dans des ateliers qui se chargeaient d’approvisionner en éléments décoratifs tous les architectes et maçons de la région. Les plus célèbres étaient Virebent et Giscard. Joseph Giscard a longtemps exercé au 27, rue de la Colonne, aujourd’hui un musée. Certaines briqueteries fabriquent des antéfixes à la demande (Grépiac, par exemple). Le matériau utilisé est la terre cuite, de couleur rouge.
Aujourd’hui, on ne trouve plus, semble-t-il, d’argile blonde, dont la couleur se rapproche de celle de la pierre, qui a été utilisée pour la façade de nombreuses maisons du quartier. Or, les antéfixes de nos maisons nécessitent des réparations. Si le modèle est classique, on peut chercher l’équivalent. Mais on trouvera plus facilement un mouleur pour prendre une empreinte d’un élément identique à celui qu’il faut réparer (antéfixe ou autre). Un nouvel élément sera ensuite fabriqué non pas en argile, dont la cuisson provoque un retrait de près de 10%, mais en résine, avec une couleur très proche de l’ancienne, ou même en ciment, qu’il faudra peindre ensuite. Il faut donc songer à commencer les réparations avant la dégradation de tous les éléments de décoration, ce qui rendrait délicate la réalisation d’un moulage.
Les antéfixes ne sont qu’un des très nombreux éléments décoratifs de beaucoup de maisons du quartier, qui comportent fréquemment des frontons, des mosaïques, des balustres, des colonnes, des mascarons…
D’après Alain Roy, Gazette n°23 (automne 2000)… avec des photos de Michel Grau. Merci à lui pour ses recherches et ses magnifiques photos.